Chapitre 1
À la suite d’un effort considérable, j’émerge péniblement de mon rêve, les paupières toujours closes. D’une main, je fais signe au civimod de stopper cette satanée mélodie. Et ils osent appeler ça
J’ouvre lentement mes yeux en fronçant les sourcils le temps que mes pupilles s’acclimatent à la luminosité ambiante.
Bien que l’appartement soit complètement hermétique aux rayons du soleil, les lampes murales miment à la perfection une clarté matinale éclaircissant la pièce de manière crescendo.
Si l’on ajoute à cela les écrans qui recouvrent la cloison donnant sur l’extérieur de l’immeuble et qui renvoient l’image d’un paysage rural pittoresque sur lequel l’aube se lève, l’illusion est parfaite. Jusqu’à ce que la vision s’élargisse sur la peinture blanche revêtant les parois de la chambre dont le mobilier est seulement constitué d’un lit et d’une penderie.
Suite à mes plaintes, la voix qui s’élève du visage synthétique projeté en hologramme par le boîtier mat posé aux pieds du couchage semble hésiter quelques instants. Je profite de ce répit pour me redresser et étirer chaque muscle de mon corps avant que le ton artificiel de Civi reprenne la parole et qu’il dessine une enveloppe tournoyante à une dizaine de centimètres du sol.
Qu’est-ce qu’ils me veulent encore ? Ils savent pourtant bien que je pionce la journée. Je ne vais pas commencer à bosser en plein jour, merci le pistage après ça ! Je finis par me lever, à enfiler un sweat et un jean avant d’attraper la tasse et de la vider d’une traite. Tout en la reposant, je jette un œil sur l’étui noir et fin du civimod où une diode verte vient de s’allumer, signe que le message est déjà affiché sur l’écran mural, attendant d’être lu :
Intervention gouvernementale prévue à 20:20.
Plan et détails en pièces jointes.
Rémunération : 15 000 euros + 30 000 smartpoints
Bonne chance,
Anonymous
Ils me font marrer les mecs, ils croient que parce qu’ils s’appellent « Anonymous » ils sont intraçables. Faut se réveiller, on est au vingt-deuxième maintenant, finis les chevaliers blancs à la voix autotunée et au masque de clown qui régnaient sur le web.
OK, 20:10. Il me reste un peu moins de deux heures pour me rendre sur place. Je suis large si j’usurpe l’identité d’un petit bourgeois de classe
J’imagine déjà le tapis rouge déroulé à l’entrée de l’hôpital avec les Protecteurs et les Sentinels déployés rien que pour ma petite personne.
Mais en même temps, niveau discrétion, il faut avouer qu’on a connu mieux, surtout pour un pirhackage dans un hôpital public. Alors quoi ? Je ne vais quand même pas me taper le métro, il y a au minimum trente minutes d’attente à cette heure-ci. Si en plus je dois faire des escales pour changer d’identité et maximiser les chances de ne pas être tracé, je ne suis pas arrivé. Je pense que l’autolobbyle reste la meilleure option, si j’optimise l’itinéraire en permutant entre le forfait
Parfait. Sûr de mon coup, je me lève enfin du lit et quitte la pièce pour entrer dans un couloir tout aussi blanc me dirigeant tout d’abord à la salle de bain. Là, j’y récupère le masque du hackface, les lentilles rétiniennes ainsi que la tablette, tous connectés au civimod. Puis j’y charge mon implant alimentaire de pilules avant de me rendre dans le salon high-tech où un thé brûlant m’attend déjà.
En entrant dans la pièce, je suis obligé de plisser les yeux face à la lumière aveuglante du soleil virtuel projeté sur les écrans recouvrant les quatre murs de la carrée.
Aussitôt, le salon est plongé dans un paysage de banquise au-dessus de laquelle dansent de multiples aurores boréales dans un ciel constellé d’étoiles. Mes rétines soulagées, je m’affale dans le sofa en cuir pour y savourer le second thé que Civi m’a préparé.
Je profite de ces quelques minutes d’accalmie pour finir de me réveiller, puis, après m’être prestement habillé, je quitte l’appartement et me retrouve dans le gris sombre des couloirs de l’immeuble.
Une fois dans l’ascenseur, je jette un œil aux profils de classe