Chapitre 3
Seulement cent mètres entre les deux autolobbyles et il faut que je tombe sur un taré de prophète des rues. Au moins, celui-là n’avait pas l’air dangereux, c’est déjà ça.
Autant de temps pour de simples inspections ? Merde ! Pas le choix, il faut absolument que je circule en
Ça risque de lui coûter bonbon au pauvre Lussac, au moins une année d’épargne. En même temps, il faut relativiser, seulement une année pour regagner ce que je lui ai emprunté, là où toute une vie d’économies serait requise à des citoyens détenteurs du forfait
J’écoute brièvement les informations avant de vite m’en détacher, préférant me perdre dans mes pensées. Toujours les mêmes histoires, n’oubliez pas d’accomplir vos devoirs civiques, rendez-vous aux urnes pour élire les futurs parlementaires de l’Union Démocratique Européenne, ne perturbez pas l’ordre public, faites preuve de vigilance envers tout comportement sortant des normes républicaines. Tout ça vous rapportera des smartpoints avec lesquels vous pourrez vous offrir des loisirs non accessibles par paiement classique, comme assister à un combat de mécas ou encore prendre du repos dans une villa méditerranéenne.
C’est tout ce que raconte la télévision de nos jours, ça et des actualités alarmistes : une nouvelle vague de migrants climatiques aux portes de l’UDE, avec parmi eux, des fanatiques religieux infiltrés, soi-disant martyrs de l’âme contre la mécanisation des créatures de Dieu. Mieux vaut s’évader, perdre son regard dans le gris obscur de la ville transpercé par les phares flamboyants des véhicules, plutôt que d’être réceptif à toutes ces conneries.
Les contrôles ont été franchis avec une extrême facilité, une simple reconnaissance des traits caractéristiques faciaux, même pas de vérifications du civimod. C’est l’avantage de voyager en
Pour le moment, tout va bien, j’ai plus que rattrapé mon retard en empruntant les routes réservées aux
J’effectue la dernière étape de mon parcours sans encombre, j’entre dans l’autolobbyle suivante, passe directement en mode
Sur le trajet, je décide de pianoter sur la tablette connectée à Civi afin de me renseigner sur ma mission. D’après un article du jour, il semblerait qu’une doctorante surdouée en biologie vienne d’être accusée de détournement de fonds publics. Or, cette jeune femme travaille à l’Université Pasteur et… connexion pourrie, pas moyen de charger la page suivante. Ça y est ! Et elle serait bénévole aux soins à l’hôpital Ambroise Paré. Tiens, tiens, ne serait-ce donc pas un excellent prétexte pour y dissimuler des recherches illégales ? Et tout ça sur le dos du contribuable !
Une fois ces informations réunies, je me reconcentre sur mon infiltration. Il me faut une couverture pour passer la sécurité de l’hôpital sans éveiller les soupçons. À cette heure-ci, un gars de l’entretien fera l’affaire, surtout que ces bénévoles changent tout le temps, personne ne trouvera bizarre de voir une nouvelle tête passer le balai en échange de quelques smartpoints.
J’usurpe son identité, je commande une tenue à la hauteur du job au point e-retrait le plus proche et c’est parti pour l’abordage, pirhack.
Ça y est, 19:38, en avance sur l’horaire optimal, je prends une grande bouffée d’air purifié avant de lever les yeux vers l’imposant bâtiment aux allures rétro se trouvant face à moi.
Sur le fronton, clignotent spasmodiquement en rose fluo les lettres
Les portes vitrées gris opaque s’ouvrent devant moi, je franchis d’un pas assuré le seuil d’entrée où siègent deux Protecteurs. Une fois le scan effectué, ils me dirigent vers une immense salle d’attente bondée dans laquelle patrouillent une demi-douzaine de drones secrétaires s’évertuant à recueillir les requêtes des patients. À peine installé sur un de ces parpaings en guise de siège, que je suis pris en grippe par une machine.
Comme si articuler deux ou trois mots dans la langue maternelle de son interlocuteur rendait cette foutue machine plus sympathique. Bonjour le malaise, oui.