Chapitre 8
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Füerzò
Je me laisse traîner dans un état second, j’ai du mal à distinguer le réel du rêve. Nous errons dans un labyrinthe blanc, bordé de néons et de portes fermées, en suivant une espèce de luciole voletant d’une extrémité à l’autre du couloir, parfois éclatante, parfois dissimulée dans l’écran de fumée nous entourant. Elle nous mène dans une salle, je finis par reconnaître le laboratoire du départ, je vois la laborantine, enfin la magicienne, enfin je ne sais plus qui, fourrer quelques affaires dans un sac avant d’ouvrir une trappe dans laquelle elle me plonge.
Après trente bonnes secondes à la suivre dans ce dédale de tunnels obscurs, ou à nager dans une eau trouble et odorante, je ne sais plus, je finis par comprendre que nous nous trouvons dans le réseau de ventilation de l’hôpital, ou dans celui des égouts. Puis, nous avons sauté dans la gueule grande ouverte d’une créature venue hanter notre dimension, ou peut-être que c’était un container rempli de poubelles. En tout cas, il faisait de plus en plus sombre, les ténèbres nous ensevelissaient petit à petit. Et moi, je continuais à suivre ce succube des enfers entouré d’un halo rouge maléfique. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis rentré avec lui dans son carrosse tiré par Helhest lui-même. Probablement pour me faire siphonner l’âme. D’ailleurs, je commence à sentir mon énergie vitale me quitter. Plus que quelques instants avant de rejoindre le royaume des morts, ils ont intérêt d’assurer niveau connexion sinon ils vont se prendre une étoile sur cinq, ils ne vont rien capter.
Je me réveille en sueur allongé dans un lit, ce n’était qu’un rêve. Mais la douleur sourde et lancinante au niveau de la tête me ramène vite à la réalité. Tout ça s’est bien passé, mais alors je suis où ? Au moins, je suis vivant. Je porte ma main à ma tempe et sens un bandage recouvrant ma plaie, enserrant mon crâne. Je dois avoir un sacré look de ninja comme ça. Dans le sifflement persistant qui sature mon ouïe, une voix se distingue.
Ouf ! Civi est avec moi, une chance que la décharge ultrasonique n’ait pas duré suffisamment longtemps pour griller les oreillettes de mon hackface. J’ouvre lentement les yeux, les rayons du soleil perçant mes pupilles encore trop dilatées. Le voile se lève et ma vision se clarifie sur l’environnement proche. Il semblerait que je sois dans une espèce de cahute en bois, poutres apparentes, lambris aux murs, rideaux en tissu aux fenêtres, chaleur insoutenable, le cadre parfait pour tourner un vieux western. Je suis allongé sur un lit de fortune, un simple matelas de paille posé à même le sol. Je commence à distinguer de vastes étendues désertiques au travers de la porte laissée ouverte. Du low-tech à perte de vue. Pas une seule trace de civilisation urbaine.
Je me redresse lentement dans le lit, doucement, ça tape là-haut. Pire qu’une mauvaise cuite ! Les os et le carrelage, ça ne fait pas bon ménage.
Au moins, j’ai toujours mon hackface, même si, apparemment, j’ai perdu la tablette connectée au civimod.
Question rhétorique, les IA ne sont pas programmées pour y répondre. Allez, courage ! Je me tiens à présent sur mes deux guiboles branlantes et me dirige tant bien que mal vers la sortie. Dehors, aucun point d’intérêt si ce n’est la pseudo-laborantine qui se prend pour un chef cuistot du Moyen Âge avec sa casserole sur un feu de camp.
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Anorkae
Je n’en reviens pas que nous ayons réussi à nous échapper, surtout avec monsieur le pirhack en plein délire hurlant au dragon toutes les trente secondes. Au moins, l’adrénaline l’a poussé jusqu’à la voiture avant qu’il ne perde connaissance. Qu’est-ce que je vais en faire maintenant ? D’un côté, je ne suis pas à l’abri qu’il se retourne contre moi et tente de me voler le virus pour se racheter une place dans la société, de l’autre côté, il est dans un état lamentable, recherché par toutes les milices locales et nationales. S’il n’est pas réellement mort hier soir, c’est sa vie en tant que citoyen de l’UDE qui s’est arrêtée. Mais je ne peux quand même pas l’emmener au Foyer, il risque de tout faire échouer, pas question que je réduise à néant des années de recherches, et surtout la plus grande avancée humaine depuis l’invention de la machine à vapeur. Jamais ce virus ne doit rentrer dans le vaste cercle de la boucle spéculative, il en va de la survie de la planète telle que nous la connaissons.
C’est dans un sursaut manquant de peu de renverser ma décoction que j’accueille le toussotement étouffé provenant de la cabane.
À son teint pâle, je devine que ça ne doit pas être facile pour lui de se mouvoir, je compatis. Je finis de préparer le remède dans un silence de plomb, seuls quelques rares chants d’oiseaux perturbent la monotonie du vide auditif, rescapés d’un ancien monde, d’une civilisation enfouie où la vie y était foisonnante. Une ère que l’humain s’est acharné à démanteler petit à petit, au nom du sacro-saint progrès économique, mais qui en réalité l’a conduit à un isolement forcé au sein de ces amas de verre et de béton inertes, catégorisés sous le nom de villes dont il a décidé d’en faire des tombeaux impénétrables.