Chapitre 7
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Anorkae
Je les ai eus ! Je savais que cette grenade me serait utile. Une chance que j’aie pu l’activer avant de me faire saisir par ces brutes en ferraille. À décharge ultrasonique, je réponds impulsion électromagnétique. Moins douloureuse, mais tout aussi efficace, surtout sur des Sentinels dont les signaux de commande envoyés à leur corps se voient brouillés. La première étape est passée avec succès, désormais, retour au Foyer.
Je peux maintenant retirer mes oreillettes, je n’en aurai plus besoin. Je pivote sur mes talons de manière triomphale pour contempler le spectacle se dressant derrière moi. Des amas d’acier inertes jonchent le sol dans une posture inhumaine, dont les membres dessinent des angles impossibles à réaliser pour le vivant. Ils n’ont plus rien de biologique, plus rien, si ce n’est leur cervelle manipulée et leur sexe, apparat symbolique de leur virilité, plus fantasmée que fondée.
Perdue dans un sentiment d’autosatisfaction, je finis par remarquer un torse s’enfler et se contracter, au rythme d’une respiration haletante. La tête au bout du corps emprisonné sous une masse gris métallisé est tournée vers moi, et des yeux empreints d’effarement me dévisagent. J’avais même oublié jusqu’à l’existence du pirhack. Je ne peux tout de même pas le laisser ici, et vu son expression ébahie, il n’a pas vraiment l’air de comprendre ce qu’il se passe. Bon allez, c’est décidé, je l’emmène, ça ne pourra que lui faire du bien, c’est soit ça, soit il passe sa vie en cellule.
Je porte ma main sur sa tempe d’où un liquide rouge poisseux s’écoule tandis qu’il essaye de se débattre dans un sursaut d’orgueil, tel un taureau jetant ses dernières forces dans la bataille pour empaler le matador avant de succomber.
J’y suis peut-être allée un peu fort pour une reprise de contact. Il a l’air complètement sonné et au vu de sa blessure, il y a de quoi. Je ne suis même pas sûre qu’il m’entende, son civimod a eu beau bloquer les fréquences les plus élevées, il se peut qu’il soit sujet à des acouphènes pendant encore quelque temps. Ils ne l’ont pas loupé. Je me demande si sa boîte crânienne n’a pas été fissurée, mais impossible d’en être sûre sans scan médical. On verra ça plus tard, pour le moment, place à l’exfiltration.
En contrepartie d’un effort conséquent, je parviens à l’extraire du Sentinel le recouvrant et à le hisser sur ses deux pieds. Allez, courage, ne t’inquiète pas, j’ai tout prévu. Il doit nous rester cinq minutes en tout et pour tout, le temps que l’impulsion se dissipe et que les Sentinels retrouvent la pleine possession de leurs moyens.