Chapitre 16
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Füerzò
Je reste immobile, la regardant partir se sacrifier pour que nos idéaux subsistent, un pincement au cœur, les tripes nouées. Je sais pertinemment que plus jamais je ne la reverrai, plus jamais je ne les reverrai, tous… J’enfile mes écouteurs et tourne le dos à la nappe de vapeur irritante inondant petit à petit notre idéal, le mystifiant pour n’en faire que le reflet d’un mirage. Puis je commence à courir sous les effroyables détonations des décharges ultrasoniques, des grenades de désencerclement et les clameurs de mes compagnons. Vivre libre ou mourir !
Guidé par Civi, je cours ! Cours ! Mes amis… Fuis ! J’enjambe une racine, je traverse la clairière, bientôt à l’abri des grands arbres.
Ces picotements. C’est comme si je ressentais toute leur souffrance. Non ! Ne te retourne pas ! Putain Norka ! Merde ! Qu’est-ce que je vais devenir sans toi ?
Décampe !
Non, c’est insupportable ! Je ne peux pas les laisser !
Si, il le faut ! Trace sans être tracé ! Détalage sans rétamage !
Non ! Volte-face ! Tenez bon, les renforts arrivent ! Un frisson beaucoup plus intense, Norka ! Une décharge paralysante. Merde, un coup de taser, les Protecteurs nous ont retrouvés. Convulsions. Puis rien, le silence, le néant.
Ouf ! Je reprends une grande bouffée d’air et retourne sur mes pas pour sauver ce qui peut encore l’être. De nouveau à découvert dans la clairière, j’accours me mettre à l’abri des constructions de l’écovillage. Retour au point de départ, je longe le mur latéral de l’antre en tapinois, jusqu’à oser passer la tête côté rue. RAS. Un silence funeste règne sur ces lieux d’ordinaire foisonnants de vies. Plus un seul chant d’oiseau, plus un seul bourdonnement d’insecte. Seule une odeur piquante subsiste dans l’air, artefact de la bataille perdue. Au loin, par-delà les fermes, une épaisse colonne de fumée provenant des barricades continue de s’élever dans le ciel. Si Norka est encore là, elle doit se trouver chez Lydia. Un cri strident vient briser le silence pesant flottant sur la scène, comme la dépouille d’une révolte à l’agonie. D’un pas pressé, mais léger, je traverse l’écovillage, puis les fermes, jusqu’à me camoufler dans les herbes hautes enveloppant la masure de Lydia. C’est alors que je croise son regard. Norka ! Avant de réaliser qu’elle est traînée par deux Sentinels.
Il doit bien y avoir un moyen ! Cherche… Cherche ! Je contemple son corps inerte, sa tête inanimée retombant sur sa poitrine, son visage boursouflé, bourré de meurtrissures. Impuissant, pétrifié, effondré, incapable. Je la regarde partir, en vue de se faire privatiser, elle et ses recherches, de servir de cobaye, enfermée dans une cage avec ses compagnes. Je perds toute volonté de vie, de liberté. Lorsque je crois apercevoir un sourire se dessiner sur ses lèvres mutilées, ses yeux translucides se lever pour me fixer d’un air provocateur, moi, l’homme libre. Me reviennent alors à l’esprit ses dernières paroles :
Tant que je subsiste, l’espoir reste. Tant que je suis libre, notre rêve peut se matérialiser. Une larme coule le long de ma joue tandis que je lui renvoie son sourire. Norka, je finirai le boulot avec Civi. Je concrétiserai ce qui est né au Foyer. Je sèmerai les graines de la solidarité bioélectronique à chaque pas, à chaque souffle. Elles germeront, croîtront, se propageront, et, une fois suffisamment abondantes, je les récolterai. Pour toi !
Pour te rendre ta liberté…
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?
Au doux son de l’enceinte rapportant la conversation ayant cours dans le bureau du PDG de Biotech, un sourire s’esquisse, dévoilant une rangée de dents éclatantes reflétant la lumière diffuse d’un écran sur lequel un homme au teint vert disparaît sous la canopée d’une forêt dense. C’est le prix de l’eau purifiée qui va atteindre des sommets avec cette nouvelle espèce hybride capable de photosynthèse…